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Cavani à la folie – L’interview

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L’INTERVIEW

 

Là, dans ce restaurant aux allures de refuge paisible, ceinturé par un des lacs du bois de Boulogne, el Matador, loin de la fureur des stades, va s’exprimer avec beaucoup de sincérité et de passion. Sur son métier, sur son club, sur son pays ou encore sur l’énorme popularité qui est aujourd’hui la sienne parmi les amoureux du Paris Saint-Germain, le meilleur joueur du Championnat de France 2016-2017 s’est livré avec des mots comme toujours empreints de calme et d’émotion.

Si l’international uruguayen (98 sélections, 40 buts) a parlé du record de buts de Zlatan Ibrahimovic sous le maillot parisien (156), plus que jamais promis à cet attaquant qui affichait 153 buts au 10 décembre, c’était pour mieux revenir à ses fondamentaux, à son essence de toujours : une monumentale exigence vers lui-même pour assouvir, avant tout, d’immenses ambitions collectives, lui qui a déjà remporté 13 trophées avec le PSG (*). Bienvenue dans l’univers à la fois zen et brûlant du grand Edinson Cavani.

Entretien réalisé par Jérôme Touboul

«  Edinson, sentir de près l’odeur de ce record de buts laissé par Ibra à son départ en juin 2016, cela te procure quelles sensations ?

Sincèrement, je n’ai pas pour habitude de me retourner sur le passé. Mais bon, il faut reconnaître que, parfois, on se penche un peu plus sur ce qu’on a déjà accompli. Et quand le jour arrive où on bat un tel record, on peut se dire que c’est beau, parce que des grands buteurs ont fait l’histoire du Paris Saint-Germain comme Pauleta, Rai, Weah. Un record a une dimension très positive. Il te donne forcément joie et fierté, même si la priorité restera toujours fixée sur le collectif, sur les objectifs partagés par tout un groupe. L’essentiel sera toujours de grandir en tant qu’équipe et en tant que club. Si une équipe et un club fonctionnent bien, vous pouvez réaliser de grandes ambitions collectives. Ensuite, une fois ce cadre établi, il est toujours appréciable de battre un record ou d’obtenir une distinction individuelle.

De cette cascade de buts, lequel t’a donné l’émotion la plus forte ?

Il y en a eu des très beaux, il y en a eu des très importants. Et il y en a eu qui m’ont rendu vraiment heureux. Chaque but est spécial. Mais celui qui restera gravé dans ma mémoire, c’est celui que j’ai inscrit contre Auxerre en finale de la Coupe de France 2015 (1-0). Le match était fermé, compliqué. Alors, marquer de la tête à la dernière minute, d’un geste très beau, ça m’a donné des sensations très particulières, d’autant que ce but nous offrait le titre. J’en garderai toujours un souvenir ému.

Marquer de la tête est l’un de tes points forts. Comment as-tu appris à maîtriser ce geste ?

Tout est venu avec le temps. Après, c’est vrai que mon père (Luis Cavani), quand il était footballeur, marquait beaucoup de la tête. Il m’a toujours dit à quel point il pouvait être important de maîtriser le ballon aussi dans les airs. En fait, je considère n’avoir jamais été un grand cabeceador (buteur de la tête). Mais, avec le temps, on peut apprendre à appréhender le timing qui te permet te dompter le ballon dans les airs, de sentir les anticipations nécessaires. La clé est là, dans cette gestion du temps, du timing, qui fait que tu vas savoir utiliser ton jeu de tête au bon endroit au bon moment.

Dans les duels face à un adversaire direct, aimes-tu user d’intimidation comme le font certains attaquants ?

Non. Je crois qu’il y avait beaucoup d’intimidations dans le football à d’autres époques. Aujourd’hui, le football se joue sous l’œil des caméras et ce n’est plus la même histoire. Et il y a sans doute une préparation plus poussée des matches qui fait que l’intimidation joue un rôle moindre pour faire la différence. Je ne suis pas du genre à miser sur l’intimidation pour marquer ou pour gagner. Il est plus intéressant de savoir comment se déplacer dans les espaces pour arriver, à un moment, à surprendre la défense adverse.

Quand tu signes au PSG, en juillet 2013, quelle est alors ta vision du club et de son nouveau projet ?

La même que celle développée par le club dans son ensemble : viser de grandes ambitions. Pour moi, c’était important de partager ces ambitions avec un club qui m’accordait sa confiance. Voir arriver un club avec de tels objectifs, tellement décidé à grandir, à gagner, à faire l’histoire, en France comme en Europe, cela m’a attiré. Dans le sport, il n’y a rien de plus beau que les grandes ambitions collectives.

Quelles différences fais-tu entre le fait d’avoir joué aux côtés de Zlatan Ibrahimovic et d’évoluer aujourd’hui avec Neymar Jr ?

Les deux joueurs sont différents, leur personnalité et leur carrière également. Sur le terrain, Ibra évoluait beaucoup plus comme un avant-centre, avec des déplacements différents car il n’a pas la même vitesse que Neymar. Ibra, vraiment, était un fuoriclasse comme on dit en Italie (un joueur d’une classe hors norme). C’était un phénomène qui apportait également beaucoup de choses à l’extérieur du terrain. On a gagné beaucoup de titres ensemble.

On entend parfois que la MCN est la meilleure attaque d’Europe depuis le début de la saison. Comment évalues-tu la compétitivité du trident que tu formes avec Neymar Jr et Kylian Mbappé ?

Cela fait maintenant une dizaine d’années que je joue en Europe et j’ai le sentiment d’avoir vécu deux époques. L’époque d’un football encore classique, où la tactique occupait une part très importante. Ensuite, on est passé au football moderne, où le marketing et les médias ont commencé à occuper une place beaucoup plus grande dans la façon qu’ont les gens désormais de percevoir le foot. Dans cette logique, il faut vendre, quitte à sortir parfois des histoires qui n’existent même pas dans la réalité… Pour répondre précisément à la question, je dirais qu’on a une bonne attaque. Nous parlons ici de deux coéquipiers hors norme. Cela ne m’empêche pas de me dire qu’il reste encore beaucoup de choses à améliorer dans notre jeu.

C’est-à-dire ?

Il y a des résultats, il y a des buts, c’est vrai. Mais, attention, nous sommes des joueurs qui nous connaissons les uns les autres depuis peu. Nous devons garder en tête que nous pouvons faire progresser notre jeu. Le trident doit mûrir, il doit se consolider pour réaliser de grandes choses. Je ne crois pas tout ce qui se dit sur nous. Je crois que, oui, nous pouvons atteindre des sommets ensemble, mais je crois aussi que, pour cela, il faut avoir conscience qu’il nous reste beaucoup à apprendre. Nous pouvons grandir en tant qu’équipe, d’autant plus qu’une équipe ne se résume pas à un trident offensif. Moi, je suis plutôt conservateur dans ma vision du football : plus que tout, je suis soucieux de la dynamique de toute l’équipe, de tout le groupe.

Dans la récente biographie qui t’est consacrée (**), on trouve cette anecdote racontant comment, au retour de l’élimination à Barcelone, tu as écrit avec du strap le mot « HUMILITÉ » sur un mur du vestiaire du centre d’entraînement. Neuf mois plus tard, considères-tu que le club a su se servir de cette expérience pour grandir ?

Quand j’étais petit, je pensais qu’il n’y avait rien de pire que de perdre. Que « perdre » était en soi un mot horrible. Avec le temps, on se rend compte que perdre, finalement, c’est apprendre. Quand tu perds, tu es amené à mieux analyser tes erreurs, à chercher dans le détail ce qui t’a mené à la défaite. De telles expériences aident à grandir comme homme et comme footballeur. Alors, pourquoi j’ai écrit « humilité » ? Dans le vestiaire du centre d’entraînement, il y a différents concepts inscrits sur les murs comme « élégance » et « travail ». Il m’a pris l’envie d’y ajouter « humilité ». Pas parce qu’on avait perdu à Barcelone. Non, non, non, pas du tout. Dans mon esprit, c’était un message à portée très générale. L’humilité comme valeur de la vie d’un footballeur, d’un travailleur, d’un club, d’une entreprise. L’humilité comme moyen de reconnaître les erreurs, pour affronter justement ces erreurs, pour devenir plus fort. Pour toujours penser à progresser. Pour grandir.

Qu’as-tu de plus uruguayen en toi ?

(Il sourit) Depuis plusieurs années, j’ai appris à découvrir la culture européenne, italienne, française. D’ailleurs, je crois que les gens originaires du Rio de La Plata – les Uruguayens, les Argentins – se caractérisent par leur capacité d’adaptation, souvent parce qu’ils n’ont pas d’autres choix. Mais, au fond, ce que j’ai de plus profondément uruguayen, c’est l’attachement à la terre, ce goût de la nature, de l’air libre, mais aussi ce plaisir des moments en famille et avec les amis.

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CAVANI À LA FOLIE

Janvier – Février 2018

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