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Grace Geyoro, la bien nommée

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PARISIENNES

De la révélation à l’explosion : en 2017, Grace Geyoro a embrassé une trajectoire dictée par le succès. Indéboulonnable dans l’entrejeu parisien, élue « rookie«  de la saison 2016-2017 en D1 féminine, la numéro 26 du PSG a même posé les premiers jalons d’un destin d’internationale française. Geyoro, un talent brut touché par la grâce. Portrait.

Au soir du 31 décembre 2016, on imagine qu’elle aurait volontiers signé pour pareille destinée. À 20 ans, voici Grace Geyoro parée d’un double costume : pièce maîtresse en club et titulaire chez les Bleues. Du sur-mesure, taillé en 12 mois chrono et sur lequel fut brodé, en mai, une jolie distinction : celle du Trophée UNFP de meilleure espoir 2017 du football féminin français.

Retour en arrière. Orléanaise d’origine, la native de Kolwezi (RD Congo) devient Parisienne en 2012. Comme les grandes figures locales Laure Boulleau ou Sabrina Delannoy, l’intéressée entame sa formation à l’INF Clairefontaine où ses prédispositions attirent vite l’attention, à commencer par celle d’un représentant du club de la capitale.  « A l’époque, je jouais un cran au-dessus sur le terrain, en véritable 10 », se souvient celle qui se distingue déjà par cette propension à casser les lignes. « Paris, ça ne se refuse pas, alors, j’ai foncé. » On aurait tendance à ajouter « tête baissée », car la désormais milieu relayeur va avaler les obstacles au triple galop dans l’écurie parisienne.

Made in Paris

Ses 166 centimètres de puissance lui permettent d’épouser un destin international dès la catégorie U16. Un coq sur le cœur qui chantera ses notes les plus aigües à l’aube de ses 15 printemps. En octobre 2012, la voilà qui soulève déjà le Graal, en Azerbaïdjan, en remportant le Mondial U17. Sans avoir joué en phase finale, certes, mais ce premier frisson éveille un talent en gestation. L’adolescente poursuit sur cette pente ascendante et s’impose alors comme une égérie de la formation « made in Paris« .

Dès 2014, Geyoro se voit surclassée, parvenant même jusqu’en finale du Challenge national U19 (défaite 2-1 face à l’OL). Joli clin d’œil : deux ans plus tard, elle bouclera sa carrière version juniors par un titre de championne face à ces mêmes Rhodaniennes (3-1). Le clap de fin doré de quatre saisons dans cette catégorie d’âge. Entre-temps, Farid Benstiti (coach de l’équipe fanion de 2012 à 2016) a décelé son potentiel et l’intègre dans son effectif. Une apparition en D1 dès la saison 2014-2015, six bouts de match l’exercice suivant : Geyoro goûte peu à peu à l’élite. Au même titre que les Perle Morroni ou autre Marie-Antoinette Katoto, Grace symbolise cette nouvelle vague biberonnée sur les gazons de Bougival.

31 juillet 2016. Le premier jour du reste de sa vie. À 1 400 kilomètres de la capitale, la numéro 10 des Bleuettes dépose la défense espagnole en finale de l’Euro U19 et ouvre le score. Une autre Parisienne entérinera la supériorité tricolore – Katoto – pour offrir à la France un titre continental (2-1). À Senec, en Slovaquie, cette parenthèse couronnée vient de boucler un processus : la métronome (5 titularisations durant cet Euro) est mûre pour le top niveau.

Le Mondial 2019 dans le viseur

À son retour dans l’Hexagone, Patrice Lair a été intronisé à la tête de l’effectif pro. Pour la suite, c’est Grace Geyoro qui prend les manettes : « Tout a été très vite quand le coach a pris ses fonctions. Patrice m’a confié des responsabilités en m’incorporant dans son onze de départ. » Le coach l’a titularisée 15 fois en D1 la saison passée, principalement dans un rôle de milieu défensive.

Un positionnement stratégique, intercalée entre Shirley Cruz et Cristiane, deux monstres de technicité : « Je me suis énormément appuyée sur elles pour faire évoluer mon jeu ». Ce trident détonant se retrouvera associé jusqu’à Cardiff, un soir de finale de Champions League, en juin dernier. « Malgré la défaite, cela reste un souvenir extraordinaire. Je ne regrette rien, on a tout donné et, ensuite, la loterie des tirs au but a décidé du sort de cette rencontre… »

Une finale continentale étoffe ainsi le CV de la numéro 26 du PSG, dont la trajectoire ascendante n’échappera pas à Olivier Echouafni (l’ex-sélectionneur des Bleues), qui la convoque pour disputer l’Euro, aux Pays-Bas, avec les A. Bilan ? Une place de titulaire (3 matches disputés), notamment lors du quart de finale perdu sur un fil face aux Anglaises (1-0). La benjamine du groupe France a validé son intronisation, six mois seulement après sa première cape chez les Bleues (voir ci-contre). De quoi glaner un surnom de « N’Golo Kanté«  au féminin. Tout en décuplant sa motivation à disputer, en 2019, un Mondial à la maison.

Elle le sait : la participation à cet événement historique passera par des performances haut de gamme avec le PSG. Avec, désormais, un nouveau statut à assumer, ce qui ne semble en rien l’intimider. « Cette saison, je suis associée à Formiga et Hermoso, une configuration idéale pour m’épanouir. »

« Aller titiller l’OL »

Ambitieuse-née, coéquipière adoubée par ses aînées, celle qui se définit comme « altruiste » entend bousculer la hiérarchie sur la scène nationale. « On se doit d’aller chercher une qualification pour la Champions League. On l’a vu sur notre première partie de saison, on peut livrer de grosses prestations, comme face à Montpellier (3-1). Et avec notre force mentale, on peut voyager, comme l’a montré le renversement dans le dernier Classico (mené 2-0 à Marseille, Paris s’est imposé 5-2, NDLR). »

Dans quelle mesure pense-t-elle les Rouge et Bleu capables de détrôner l’ogre lyonnais et ses 11 titres consécutifs ? « C’est vrai, on part sur un nouveau projet, alors que Lyon s’appuie sur une ossature solide depuis des années. Mais on peut le faire ! A minima, on se doit d’aller titiller l’OL. Sur les dernières finales, cela s’est joué à un cheveu. »

Au quotidien, la chambreuse du vestiaire parisien s’astreint à du rab à l’entrainement. Elle enchaîne les séances face au but avec les attaquantes, histoire de « travailler un registre où je dois progresser, car je suis toujours en quête de mon premier but en D1 ! » Lorsque ce jour viendra, elle aura certainement le droit à un bizutage en règle initié par Eve Perisset ou Marie-Antoinette Katoto, membres de sa garde rapprochée. Elle aura droit, aussi, à de nombreuses félicitations, elle qui fait la fierté de son clan, de ses parents et de ses quatre frères et sœurs, souvent présents pour la pousser à gratter d’innombrables ballons. La famille n’a pas fini de venir au stade l’encourager : la prometteuse et ambitieuse Grace a déjà prolongé son bail parisien jusqu’en 2021.

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CAVANI À LA FOLIE

Janvier – Février 2018

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